Eux et moi contre le monde entier ! Mais il n’y a plus de nous…
CHRONIQUES
Dominique Sotiras
1/15/20264 min temps de lecture


Aujourd’hui, le clavier devient rugueux. Mes doigts me semblent lourds de glue, de colle, de résidus amniotiques qui se déshydratent.
Cette chronique est plus difficile qu’une autre à tenir.
Mon cœur veut parler d’amour, sujet oh ! combien délicat à aborder.
Alors je vais faire simple : d’après mes expériences, mes lectures, voici ce que je pose comme définition de l’amour :
Aimer, c’est reconnaître l’existence pleine d’un autre, exempte de possessivité et sans condescendance.
L’amour commence là où le respect de l’altérité est réel, pas seulement énoncé.
Il n’est pas un lien qui peut se rompre.
C’est une vibration, une posture interne face à la vie et face à l’autre.
Être en amour, ce n’est pas désirer l’autre dans un romantisme grandiloquent.
Aimer, c’est aussi savoir se retirer sans détruire l’autre et sans se renier, même quand la distance fait souffrir.
L’amour cesse d’être amour lorsqu’il exige le silence de soi pour préserver la paix de l’autre.
À partir de là, il devient attachement, dépendance, emprise.
En tant que femme je me suis laissée emporter par tous ces élans qui me poussaient dans les bras de personnes qui se disaient en amour de moi.
J’ai aimé leurs caresses, leurs mots chuchotés qui évitaient de trop s’engager et nos corps qui se sont emboités.
J’ai supporté les « 5 à 7 » par respect de la liberté de chacun.
J’ai endossé l’armure de la loyauté pour défendre bec et ongles ces unions qui n’en étaient pas.
J’ai enduré aussi les griffures de la langue quand la colère déliait les mots qui jetaient l’opprobre sur la relation.
Des coups sont tombés sur mon corps pour imprimer le déni de mon humanité trop profonde.
Ces humains ont-ils su ce qu’ils faisaient ?
Ont-ils eu le courage d’une remise en question ou ont-ils suivi aveuglément leur haine de la femme que j’étais ?
J’ai payé toutes les additions pour retrouver ma liberté et les séparations m’ont coûté très chères !
Forte de cette émancipation, j’ai combattu la dure réalité des pouvoirs patriarcaux pendant le divorce pour incarner un rôle dont la nature m’a doté : la maternité.
Je suis mère, et aujourd’hui, je dois dire quelque chose que j’ai tu trop longtemps.
Dans ce statut de Maman, il existe une violence silencieuse, tranchante mais sans traces visibles que l’on vit. Aucune mention n’en est faite dans les manuels destinés aux parents en situation d’enfantement.
C’est le déni le plus total d’une souffrance qui ne crie pas et ne frappe pas.
Elle se loge dans l’absence des êtres aimés que l’on met au monde au péril de notre vie et dans le mutisme de cette progéniture qui s’offre comme inéluctable.
Dans ce silence organisé par les rumeurs et les bruits familiaux qui cisaillent lentement.
Toutes ces attitudes qui brûlent à petit feu et qui humilient sans laisser de preuves.
Être Mère, c’est aussi être confrontée à ce qui est inexplicable.
Des enfants que l’on porte, que l’on soigne, pour qui on se bat et qui oublient leurs souvenirs.
Je suis mère de ces enfants-là.
De ceux qui ont choisi le silence comme mode de relation.
De ceux qui laissent l’autre face à une porte close, sans regard, sans retour, sans explication.
On dit souvent et même trop souvent qu’une mère ne peut qu’aimer ses enfants.
Comme si le lien à la mère était inné, pure et inaltérable.
Comme s’il ne pouvait ni se fissurer, ni se pervertir, ni devenir toxique.
Pourtant, aujourd’hui, je peux le dire :
Mon amour pour eux ne suffit plus à faire lien.
Mon amour pour eux me détruit plus qu’il ne tisse notre devenir.
Je les aime encore.
Mais cet amour est devenu un lien à sens unique.
Un cordon ombilical que je maintiens artificiellement en vie, seule, à bout de forces, pendant qu’eux s’en dédouanent depuis longtemps.
Leur silence est loin d’être neutre.
Il est insidieux.
Il me salit.
Il m’humilie.
Il me réduit à une attente sans fin et à une place indigne.
Je ressens une colère profonde, sourde, sans cris, sans larmes, qui me donne envie de répudier les miens et même mon sang.
Une colère qui ne cherche pas à frapper mais à exorciser cet amour qui me lamine.
Une émotion qui veut rayer ces liens qui n’en sont plus et reconnaître que ce que j’appelle encore « lien » n’est qu’un attachement devenu toxique.
Je ne renie pas l’amour : cet élan de vie que j’ai ressenti pendant 9 mois et cette vibration vécue quand leur corps est venu se poser sur mon ventre le jour de leur naissance.
Mais je refuse d’être immolée sur l’autel de leur orgueil et vanité.
Je réfute même l’idée de véhiculer le moindre paradoxe à ce propos.
Je n’entretiendrai plus de loyauté familiale qui m’a été imposée comme un devoir civique.
Je continuerai de vibrer l’amour à ma manière, à distance, sans mendier une place qui m’est refusée.
Mais ils ne franchiront plus la porte de ma maison.
Ni celle de mon espace intérieur.
Dans mon jardin, se côtoieront des fleurs qui se complètent au lieu de se détruire.
Il arrive un moment où aimer n’est plus synonyme de survie mais d’occuper sa place autrement.
Il est nécessaire de fermer la porte à un espoir alimenté par une mentalité collective qui repose sur le silence et le sacrifice des mères.
Je choisis aujourd’hui de cesser de confondre vibration d’amour et bâillon maternel subi.
Je répudie ce rôle de martyre pantelante et sans voix.
L’amour n’est pas une garantie de réciprocité.
Le respect peut survivre à la fin du « nous ».
Il existe même des séparations sans haine, mais non sans douleur. Ces ruptures demandent des limites nécessaires et vitales.
Rompre peut être un acte d’amour lucide.
Ce qui reste quand le “nous” meurt : le respect, la liberté de l’autre et l’amour pour la vie elle-même.
Etheyas Soeren,
La femme qui reprend sa voix.
Vous souhaitez me lire dans votre boite mail, abonnez-vous
Courriel : contact@dominique-sotiras.com
© 2025. All rights reserved.
