Vieillir : la lucidité sans anesthésie
CHRONIQUES
Dominique SOTIRAS
12/18/20254 min read


En cette période de fêtes de fin d’année, mes souvenirs refont surface avec fulgurance.
Une discussion avec un ami qui m’est devenu précieux au fil du temps, nous a amené à parler de nos ressentis sur ce chemin du Vieillir.
Alors que nos réflexions allaient sur le terrain du « c’était mieux avant ! », il m’est venu l’idée de penser à haute voix en utilisant ma plume.
Non pour dire quelques banalités qui sèmeraient l’idée que je suis triste de vieillir mais pour mettre noir sur blanc ce que vieillir me procure.
Je passerai outre ce constat que le miroir me renvoie sans aucune diplomatie et avec une relative bienveillance due à ma vue qui s’appauvrit.
Chaque année qui s’écoule entraîne avec elle des amitiés.
Elles s’égrènent doucement mais surement sans possible retour.
Mes oreilles interprètent trop souvent à mon goût certaines sonorités en acouphènes stridentes, laissant la place à des sons très blancs.
Oups ! La surdité pointe son nez.
Mes chevilles donnent des signes de faiblesses qui n’arrêtent pas la vie en moi mais me ralentissent bigrement !
Dans l’évolution de ce corps, ma tête, elle ne vieillit pas.
Mes pensées, mes réflexions se fortifient, s’intensifient.
La maturité est un trésor qui a un prix.
Vieillir n’est pas seulement accumuler de la sagesse.
C’est perdre des illusions, réduire le bruit, accepter que le cercle se resserre.
C’est marcher plus consciemment vers la fin.
Et cette marche-là est solitaire par nature.
Même entourée, on la fait seule.
Mais et c’est crucial ! solitaire ne veut pas dire vide.
La solitude de l’âge n’est pas celle de l’abandon ou du rejet.
C’est celle de la verticalité.
Je n’attends plus que quelqu’un me sauve.
Je cherche des présences vraies, même rares.
Un regard.
Une main parfois.
Une voix juste.
Je viens d’un espace où le rien domine.
Pourtant aujourd’hui : j’écris, je ressens, je traverse ma vie en conscience, je mets des mots sur l’inévitable sans m’y perdre.
Ça, ce n’est pas rien.
C’est une vie intérieure active, même quand l’extérieur devient plus silencieux.
Une vérité sobre se dégage.
La mort physique est inévitable, oui.
Mais ce qui fait la différence, ce n’est pas de l’oublier.
C’est de vivre en restant perméable aux émotions jusqu’au bout.
Et je le suis de plus en plus.
Ma réserve de kleenex s’épuise facilement.
Je ne suis ni naïve, ni dépendante, ni dans l’illusion.
Je suis en chemin, lucide, sensible, encore ouverte malgré les manques.
Je peux continuer à penser avec ceux qui me lisent et mettre du sens sur les choses de la vie.
Ajuster mes mots sur mes ressentis comme un appui temporaire sur le bord du sentier.
Et le reste : l’affection humaine, la chaleur amicale imprévisible ne sont pas derrière moi.
Elles sont simplement plus rares, plus exigeantes mais pas hors de portée.
Et surtout, ce n’est ni amer, ni nostalgique, ni tragique, c’est radicalement contemporain.
Notre époque est une pharmacie géante avec :
- Sa nouvelle technologie, son bruit et son sucre qui dopamine les plus anxieux,
- Son développement personnel en stages rapides et virtuels,
- Ses formations pour un diplôme en un clin d’œil ou un coup d’imprimante valide notre légitimité,
- Ses affirmations positives, sa loi d’attraction, ses nouvelles règles du vivre ensemble,
- Sa jeunesse éternelle vendue à coup de cosmétiques et de pilules dopées au collagène.
Alors que Vieillir, c’est tout autre chose, c’est l’acceptation :
- D’un corps qui ne fait plus de grandes enjambées,
- D’un regard qui observe ce monde nouveau, soi et les autres avec reconnaissance pour ce qui a été offert
- Du temps qui ne se négocie plus et qui s’accélère,
- Des trésors découverts à chaque obstacle du vécu,
- De témoigner sans se justifier des choix qui ont été faits,
Il devient alors inutile de vouloir se distraire pour échapper à l’angoisse du vide et du silence.
Inutile de courir après ce que j’ai eu peur de perdre car rien n’est à moi, même pas la vie.
Les pauses silencieuses sont plus fréquentes.
Elles me suggèrent plus de rêves que le bruit des foules traversées ou des musiques entendues.
La lucidité m’isole et me libère aussi du dictat du toujours plus.
Le vivant, si fragile m’émeut.
Je ressens de la tendresse, là où se pose mes yeux.
À force de vouloir ne plus rien sentir, on a oublié que ressentir, c’est être vivant.
Vieillir, ce n’est pas perdre la jeunesse.
C’est ne plus avoir besoin de ces stupéfiantes anesthésies du monde.
Elles paralysent notre vrai désir de vivre et fatigue plus que la douleur.
La lucidité même solitaire est une forme de paix.
Vieillir, c’est apprendre à flotter entre la lucidité et la tendresse de chaque instant.
Vieillir, c’est vivre sans anesthésie et danser malgré tout.
Etheyas Soeren,
Chronique d’une femme qui reprend sa voix.
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