Écrire face au silence

Donner et recevoir, ou continuer malgré tout

CHRONIQUES

Dominique Sotiras

1/12/20265 min temps de lecture

Donner demande quelques efforts pour enfin recevoir.

Il faut croire que mes talents anciens ne sont plus ce qu’ils étaient ou deviennent différents.

Certes je ne publie plus comme avant.

Vous aurez bien noté que tout change et je change aussi dans ce mouvement de vie qui fait de nous des êtres vivants.

Je ne veux pas être contaminée par la superficialité des réseaux qui ne montrent que le fun, le léger, le fluide de la vie alors qu'elle se compose aussi de tristesse, de fatigue, de déception.

La création n'est pas que belle.

Elle a aussi ses instants de tragédie et ses élans de violence qui nous cueillent de sa faucille.

Mais elle donne encore à voir et à vivre des tas de moments à grapiller de ci de là.

Des moments d’extase subtils qui se ressentent quand l’espace du cœur est ouvert.

Chacun de mes pas dans la nature m’emmène sur ces chemins délicats à vivre.

Chaque café but en compagnie d’amis à la terrasse d’un café me transporte dans une féérie de l’instant où les partages, les échanges nous font refaire le monde.

Simplement vivre l’instant présent devient un cadeau des Dieux.

De plus en plus, nous pénétrons dans cette période où tout se révèlera.

Y résister c'est déjà mourir un peu. Souvent, il m’arrive de fermer mon ordinateur quand les actualités sont brûlantes. Ce n’est pas le bon moment pour moi de lire ces cruautés.

Se cantonner dans nos illusions, c'est joli et plein d'espoirs mais ce n'est nullement la réalité de la vie.

Oui, je sais ma lucidité dérange mais elle n'entrave pas mon cœur pour autant.

Bien au contraire, elle me donne envie de m'ouvrir à plus de sagesse, de spiritualité.

Elle est la sauvegarde de mon identité qui s’enrichit de ces mille et une facettes non-exploitées encore.

Et je continue à embrasser l’autre de tout mon cœur comme un qui est dans la même galère que moi et sans condescendance.

A ce jour, les maitres des Intelligences Artificielles modèlent ce que notre humanité doit devenir.

A tous les niveaux, nous voilà rabotés, déconstruits et reconstruits conformément au moule que la société nous impose et que nous validons.

Vive le développement personnel pour cela.

Avant même que les IA prennent pignon sur rue, il avait déjà formaté les esprits pour moins de don de soi et plus d’emprise sur les portefeuilles des autres.

J’ai donné de presque 6000 euros en tout pour expérimenter ces pistes.

Je sais depuis bien longtemps que je n'appartiens pas à ce monde qui se noie dans sa modernité.

Cela ne m’a pas empêchée de douter de moi et d’écouter les autres me séduire avec la nouvelle méthode pour guérir mon hyperphagie ou encore les derniers séminaires pour gagner en philosophie moins violente…

Au bout du compte, ma solitude devient ma meilleure amie.

Le silence se comble avec des mots qui expriment mes pensées sur les maux d'une société dont le sens se délite.

Oui, je sais vous préférez que l'on vous parle d'amour, de tendresse, de joie, de beauté.

Moi aussi, je reste sensible à une jolie poésie ou un roman qui me parle d’amour.

Puis je me retrouve toute seule et je vis ce manque affectif malgré tous mes stratagèmes pour y pallier.

Suis-je légitime pour vous parler, vous écrire et espérer vous suggérer quelques réflexions ?

Comment transmettre ce que l’on ne reçoit pas ?

Mes parents n’ont pas fait d’études et je n’ai pas été plus loin qu’un baccalauréat technique et quelques années d’université de lettres modernes.

Cursus fastidieux qui m’a demandé de combler plein de lacunes.

D’ailleurs, je n’ai pas été bien loin et je n’ai pas décroché de diplôme.

Comment créer du vivant avec de l’amertume en fond de cale ?

Après avoir vécu des rejets, des mépris, des échecs cuisants sans tuteur de résilience.

Pour donner ne faut-il pas recevoir d’abord ? ou Pour recevoir faut-il donner en premier ?

Nous voilà avec cette question rigolote et insoluble : qui de l’œuf ou de la poule est arrivé en premier sur cette planète ?

Faut-il vraiment avoir la réponse pour vivre et exister ?

Ce que cet univers nous offre est à expérimenter, comme la délicate envie de se montrer sur cette toile infinie que nous montre internet.

J’ai commencé comme beaucoup par republier par manque d’audace.

J’ai lu sans réagir car je ne voulais pas que l’on me voie.

Puis j’ai osé liker pour dire à la personne que je lisais que j’avais bien lu, bien vu la publication.

Et puis j’ai osé commenter pour répondre à quelques questions que je lisais.

Un jour j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai publié.

Enfin je m’encanaillais à écrire mes mots sur l’écran pour contribuer.

Aujourd’hui je vous partage mon intimité dans ces newsletters comme si vous étiez de ma famille.

Un de mes objectifs de vie c’est de soutenir ceux que j’aime et ici sur la toile : je like, je partage, je commente.

Malgré tout, il me reste quelques questions sur le fonctionnement de cette virtualité.

Très souvent je me demande quel est l’objectif de celles et ceux qui me suivent.

Ceux qui par le silence me laissent une interrogation : Ce que j’écris leur plait ou pas ?

Que distribuent-ils sur les réseaux en restant silencieux ?

Ils ne participent en rien à la vie elle-même de ces mêmes réseaux.

Ils épient peut-être.

Ils s’inspirent souvent.

Je me demande s’ils ne tentent pas de gruger le système avec des adresses mails invalides quand ils s’inscrivent à mes newsletters.

Je suppose qu’ils aiment une dopamine facile, sans engagement, plus que de participer à un système, je l’avoue, qui peut être retord.

Depuis mon plus jeune âge, j’entends dire que donner est un gage de bonne santé, que si ton cœur s’ouvre alors la joie t’inonde.

Donner de soi est bien plus beau et joyeux que de recevoir ?

Mais c’est aussi un risque de se perdre sans s’en rendre compte.

Se perdre dans les méandres de l’attente d’une reconnaissance au risque de flirter avec la folie.

Même en conscience de cet état de fait, la question reste la même :

Pourquoi les gens ne se manifestent pas ?

Pourquoi ces gens qui me suivent me donnent ce ressenti qu’ils ne vivent plus ?

Pourquoi la vie ne les anime-t-elle plus ?

La peur les étreint de telle façon qu’ils craignent de se montrer.

Certains devant leur écran craignent même de respirer en likant ou en commentant.

Et d’autres à notre grand dam à tous, se déchainent dans un verbiage très coloré qui mène à la haine bien souvent.

Quand je publie et que personne ne répond, quelque chose se serre en moi.

Mes mots sont comme des souffles que j’insuffle pour lever le voile.

J’ai envie de partages, d’échanges et puis là il ne se passe plus rien.

Ai-je atteint l’âge limite du web ?

Y a-t-il un âge limite à l’écriture ?

La jeunesse décide-t-elle de l’obsolescence des seniors ?

Et les plus vieux deviennent-ils si craintifs qu’ils ne réagissent plus ?

Autant de questions qui se posent et qui sont en cet instant sans réponse.

Et puis faut-il avoir un public pour écrire sur le net et prendre place ?

Personnellement, j’écris pour le plaisir des mots, des phrases, des idées, des associations qui peuvent se montrer.

Je suis une expérimentatrice de l’écriture.

Réactions ou silence de ceux qui me lisent, je continue d’écrire pour prendre place.

Et laisser une trace dans cette période de l’histoire qui garde en mémoire tous les mots qui se sont dessinés sous nos yeux.

Etheyas Soeren

La femme qui reprend sa voix