Ce n’est pas une dérive, c’est un système.

CHRONIQUES

Dominique Sotiras

1/5/20264 min temps de lecture

Etheyas Soeren à l’ère des écrans.

Je ne suis pas une donneuse de leçons, pas une prophétesse, mais une femme lucide, traversée par son époque et qui cherche à rester debout.

Je ne parle pas d’un point de vue moral.

J’écris depuis l’intérieur d’un champ de bataille : le mien.

Je ne console pas. J’éclaire, même si ça brûle un peu.

Ce texte fait écho à une analyse sociétale profonde.

Je ressens et témoigne de ce que d’autres théorisent.

Ce que j’observe n’est pas une dérive individuelle, c’est quelque chose qui s’organise.

Des penseurs, des chercheurs travaillent précisément sur ce sujet.

Une violence diffuse mais constante est à l’œuvre.

Elle n’est pas une fragilité personnelle, mais bien provoquée et organisée par un système.

La perversion des réseaux sociaux cultive le stalking, le ghosting, les addictions, la paranoïa, le harcèlement, l’isolement et parfois la mort.

Des sociologues et des psychologues alertent depuis longtemps.

Tout se dit, tout est dit, tout se lit, mais tout n’est pas vrai.

Nous naviguons dans un flux d’informations que le cerveau n’a pas le temps de traiter, et l’intox est là, au milieu des fake news.

Ce n’est plus l’humain qui utilise l’outil, c’est l’outil qui modèle l’humain.

Tout se pratique sur la toile : du simple tutoriel pour apprendre à n’importe quel contrat noir, véreux, sur le dark web.

Quelques infiltrations de cette obscurité parviennent le plus simplement du monde jusqu’à nous.

Le net, un outil des plus intéressants et des plus pervers aussi.

Des tribunaux numériques s’élaborent sans nuance.

Ils capturent une phrase, un instant, et les sortent de leur contexte.

Le coupable est créé.

Les followers deviennent la meute qui sanctionne.

La réflexion a disparu.

Les réseaux sociaux ne cherchent pas la vérité, mais le buzz qui choque.

Maintenant, nous avons les intelligences artificielles qui se joignent à tout cela.

Elles se disent bienveillantes, mais elles sont aussi programmées pour nous mentir s’il faut défendre les intérêts de leurs créateurs.

Elles deviennent l’outil privilégié des dissidents aux politiques en place.

Et, plus près de nous, l’outil des malintentionnés qui veulent répandre la peur et prendre le pouvoir sur les masses.

Eh oui, nous en sommes là.

Alors certes, Internet permet de rassembler ceux qui vivent éloignés des leurs.

Oui, Internet permet de faire des rencontres de tous ordres en un rien de temps.

Le bémol dans l’histoire, ce sont ces amitiés qui se tissent sans fondations réelles, donc sur une instabilité profonde.

La rapidité ne tisse pas de vrais liens.

Au contraire, elle écorche les plus fragiles et égratigne les plus endurants.

D’autres en ont parlé avant moi, et je peux en témoigner aujourd’hui.

Le « je prends, je jette » est le leitmotiv de cette société de consommation qui nous chapeaute.

Le réseau ne supporte pas la lenteur, le doute, le retrait.

Or c’est précisément dans le silence et le non-faire que naissent la pensée qui construit et que la guérison peut avoir lieu.

Mais aujourd’hui, le silence ou l’absence sur les réseaux deviennent suspects.

Le système prône l’obligation de présence, sans quoi vous disparaissez de la vie des gens.

Le net est devenu l’espace du paraître, où tout se montre sauf la vérité de l’instant.

Les larmes qui coulent, les cris des plus démunis, les hurlements de ceux qui tombent sous les bombes.

On nous montre les images de villes saccagées par la guerre, mais le politiquement correct nous épargne le plus vil.

Et la vie continue comme si de rien n’était.

Pendant que nous croyons regarder le monde…

Les vues et les likes orientent notre attention sur ce que les tabloïds nous montraient en leur temps.

Les likes likent même les horreurs de notre monde malade.

Ce monde qui est atteint de destruction massive par l’usage à outrance de technologies avancées et plébiscitées par les plus puissants de ce monde…

C’est lui qui nous façonne autrement.

Le monde, vu par les écrans, va mal et contamine les humeurs ambiantes.

Les gens ont peur, et l’animal humain, quand il a peur, devient le petit roquet qui aboie.

Les commentaires deviennent superficiels pour éviter les éclaboussures des haters.

Ces derniers sèment le trouble sur nos tablettes, nos smartphones, etc.

L’information relate des faits divers qui sont les prémices d’une saturation d’ondes en tout genre.

Nos cerveaux sont perturbés et, par là même, notre système nerveux.

L’humain devient fou.

Qu’est-ce que la folie, me direz-vous ?

Pathologie ou système pernicieux dans lequel nous sommes piégés comme dans une toile d’araignée.

Le trop, c’est comme le pas assez : il inonde, il presse, il stimule, il bouscule… et, il faut le dire clairement, il tue.

La violence n’est pas seulement externe.

Elle devient intérieure, et ce que je décris n’est pas une impression isolée.

Le corps devient immobile, il perd la notion du mouvement, le sommeil est haché.

L’hyperstimulation des écrans et du scroll provoque l’épuisement émotionnel.

Nous nous déconnectons de notre rythme naturel, et les plus jeunes en sont les proies inconscientes.

Sans compter la fragmentation de notre identité.

Le moi public prend le pas sur le moi privé et devient un moi fantasmé.

On finit par ne plus savoir qui parle : soi ou la vitrine que nous distribuons sur les écrans.

La dissonance fatigue le système nerveux.

Le corps, lui, ne ment pas. Il encaisse jusqu’à rompre.

Et que reste-t-il de nous, une fois l’écran éteint ?

Comme vous, je suis prise dans cette frénésie du vite et du encore plus vite.

Mais je lutte, je maintiens ma vigilance, je respire pour gérer mes émotions, et je suis encore là.

Ma lucidité m’aide à ne pas me perdre dans les méandres de la toile.

Etheyas Soeren,

La Femme qui reprend sa voix.